LES CERVEAUX
                   DE L'HOMME
 

Dans la psyché humaine, notre colonne vertébrale se termine par une "queue de saurien"qui nous rattache à notre animalité . C. G. JUNG

Par un étrange concours de circonstance, venant du design et de l'urbanisme, quand j'ai commencé mon doctorat de Psychosociologie orienté anthropo et ethnologie à l'université Concordia de Montréal, mon directeur de thèse me mis en rapport avec le professeur Parizel qui cherchait quelqu'un capable de construire un labyrinthe complexe pour étudier le comportement des rats. Le rat est un animal grégaire qui vit en communauté avec des règles précises. Le rat est intelligent, capable de raisonnement, de mémoire et d'anticipation, en cela il est très proche de nous socialement. Il fonctionne comme nous au mérite et à la récompense, mais si vous perturbez et isolez un individu rat, il va péter les plombs. Soit, il devient agressif et attaque ses congénères ou bien, s'il se retrouve seul, il va se mutiler, se scarifier ; ce qu'on observe chez certains enfants perturbés ou autistes. C'est donc naturellement que j'ai participé à ce programme de recherche, multipliant avec ingéniosité la complexité du labyrinthe. Cela a certainement contribué à devenir un spécialiste du comportement cognitif, pratiquant les thérapies comportementales cognitive. C'est pour cela que je vous invite à regarder ce documentaire en fin de page sur l'école des Rats. Je tiens à vous rassurer, nous ne sommes pas des rats, juste de très proches cousins.
 
LE CERVEAU REPTILIEN
 
Il est appelé le cerveau primaire ou primitif ou encore cerveau archaïque. Les êtres humains avaient à l'origine, essentiellement un premier cerveau reptilien dont l'homme conserve encore bien des instincts de base (dont l'instinct de conservation). Il correspond chez l'être humain aux systèmes nerveux du tronc cérébral. Il est malgré sa petite taille d'une grande complexité. Certains animaux (vertébrés inférieurs, reptiles…) sont régis uniquement par ce cerveau. Il est la source des comportements primitifs qui répondent à des besoins fondamentaux. Il assure entre autres la sauvegarde de l'individu et de l'espèce. Ces comportements sont incapables d'adaptation et restent insensibles à l'expérience du fait que le cerveau primitif n'a accès qu'à une mémoire à court terme. Le cerveau reptilien agit toujours selon des schémas rigides et stéréotypés: une même stimulation produira toujours le même effet. Par exemple, conservée depuis des générations, la fuite inscrite héréditairement dans chaque individu, est un mécanisme nécessaire, imparable, stéréotypé. Le noyau dit " amygdalien " en particulier commande l'agressivité, le souci du territoire et de sa défense. Il correspond à notre univers non-verbal de gestes et comportements automatiques. Il est le lieu de la routine, des itinéraires fixés à l'avance, des rituels, cérémonies….De ce fait, le "langage reptilien " est essentiel dans les relations humaines.
 
LE CERVEAU LIMBIQUE
 
Le cerveau viscéral de survie, surnommé ainsi par Mac Lean, est en étroite relation avec les centres des pulsions et des émotions. C'est le centre physiologique des émotions et donc le système dominant de l'affectivité.  "Parti du vieux cerveau des mammifères, il dessine un anneau entourant le seuil de l'hémisphère cortical…Chez l'être humain, il est un des éléments essentiels de mise en rapport du néocortex avec les autres formations cérébrales plus anciennes; son fonctionnement domine l'affectivité et les processus de la mémoire" H. Laborit.
 
Il correspondait au cerveau antérieur des mammifères, au cortex primitif qui est toujours présent chez l'être humain. C'est un ensemble complexe de noyaux, de voies nerveuses, relié à l'hypothalamus, au tronc cérébral et au néocortex. Superposé au cerveau reptilien , le cerveau limbique est le fruit d'une évolution beaucoup plus tardive. Le rat n'a qu'un cerveau reptilien et limbique, à peine un cortex, le chat aussi (avec un début de cortex). Comme le cerveau reptilien, il ne s'exprime pas verbalement mais peut exciter le cortex qui lui, s'exprime par la parole.
 
Sa fonction essentielle est la survie par une bonne adaptation à l'environnement social : empathie, statut social,  intégration à un groupe, convictions et croyances, sentiment de sécurité... C'est aussi le lieu des mécanismes de motivation, réussites et échecs, plaisir et déplaisir...
 
Principales lois physiologiques attribuées par les biologistes au cerveau limbique.
A - Le système limbique est imperméable à toute logique.

B - Le cerveau limbique agit comme un filtre, il a un rôle sélectif et détectif   : toute information passe d'abord par le limbique qui filtre l'information et excite le cortex selon le filtre lui-même lié aux tonalités émotionnelles de l'information (intérêt, sécurité, plaisir, motivation, ….) Les émotions déclenchées par des stimuli agissant sur le système limbique ne sont pas sous le contrôle du cortex. La peur, par exemple ne disparaît pas par voie de raisonnement. Le cerveau limbique a une certaine autonomie par rapport au cortex: il peut bloquer toute réactivité des zones corticales, et anesthésier les infos déplaisantes qui n'atteignent pas le cortex mais il peut aussi stimuler certaines zones du cortex. La communication est donc unidirectionnelle.

C - Le système limbique enregistre d'abord l'action vécue qui deviendra réflexion. La réflexion est ainsi soumise à l'action: le cerveau ne peut résoudre un problème que s'il expérimente de nouvelles solutions. Sur le plan biologique, cela correspond au fonctionnement coordonné du cortex et du limbique. 

D - Il stocke tous les souvenirs jouant ainsi un rôle essentiel dans la mémoire à long terme, qui permet la réception et l'enregistrement des informations en fonction des tonalités émotionnelles. La mémoire en permettant la création d'automatismes pourra être à l'origine des besoins nouveaux qui du coup, ne seront plus instinctifs mais seront d'ordre socio-culturel.

E - Il assure le début de la connaissance par l'image et joue un rôle cognitif comme produire, élaborer des images même s'il est essentiellement lié aux processus émotionnels et aux pulsions.
LE NEOCORTEX
 
Le cortex apparaît à l'état d'ébauche chez certains reptiles, se développe chez les mammifères et plus on monte dans l'échelle animale, plus cette bande va s'étendre et refouler de part et d'autre les deux cerveaux primaires. Chez les mammifères supérieurs, le cortex s'est développé vers l'arrière, enveloppant tout le système limbique d'une couche épaisse de neurones aux ramifications complexes.
Ce qui est vraiment nouveau chez l'homme, c'est l'étendue du néocortex et les structures qui s'y rattachent: le nouveau cerveau présente une plasticité et une souplesse inconnue aux structures archaïques.
 
Le nouveau cortex n'est plus une machine: lorsqu'il est stimulé, il peut ne pas répondre ou encore répondre de manière imprévue, de façon originale et créative à un problème posé par l'environnement. Il peut répondre d'une manière différente de celle qu'avait entraîné une stimulation identique précédente. Il sera d'autant plus conscient qu'il est justement conscient de ses automatismes et de ses pulsions et qu'il peut s'en libérer par sa fonction imaginaire.
 
En effet, l'accroissement des connexions neuronales du cortex s'accompagne d'une augmentation des possibilités de réception des informations. Il a pris dans l'espèce humaine, un développement considérable dans les régions orbito-frontales qui permettent un moyen d'association des éléments mémorisés. L'homme peut recombiner ces éléments mémorisés d'une façon différente de celle par laquelle ils nous ont été imposés par le milieu; le cerveau peut alors créer des structures nouvelles, "les structures imaginaires" (H. Laborit).
 
Il représente la conscience, la capacité symbolique (capacité de remplacer certaines choses par d'autres), le langage, base de la pensée abstraite. Seul le cortex a cette capacité: c'est pour lui un moyen de gérer les autres cerveaux plus anciens.
 
Il correspond au stade de la reconnaissance de l'objet comme réalité externe dans un espace donné. La manipulation des concepts, de l'abstraction par les systèmes associatifs, la prise de distance par rapport à l'objet donne à l'homme des possibilités presque infinies de création.
 
LE MICROBIOTE
 
Le microbiote est l'univers bactérien contenu dans notre flore intestinale d'où l'importance de la nourriture que nous ingérons pour maintenir une bonne hygiène de vie, tant physique que psychique. Esculape le premier médecin de l'humanité disait : " L'alimentation est le premier des médicaments ".Les hindous avec la médecine ayurvédique, les chinois avec l'acuponcture et la phytothérapie et plus récemment la Macrobiotique nutritionnelle enseignée à l'institut Kushi de Boston dont je suis certifié, ont démontré la relation subtile entre nourriture et état mental. Le professeur japonais Osawa disait : vous êtes ce que vous mangez.
 
Cette subtilité millénaire, découverte récemment par la médecine moderne, a mis en exergue cette interaction avec le cerveau psychique grâce au nerf vague qui relie notre état d'esprit avec notre dimension intestinale essentielle à notre équilibre biologique. D'ailleurs, nous savons que dans notre société moderne, nous ne mastiquons plus nos aliments. Les enzymes contenus dans notre salive sont le premier stade de la digestion. Cette même digestion jouera elle-même sur notre transit intestinal de manière favorable ou défavorable dans l'évacuation des matières fécales. Ce qui nous ramène en psychanalyse à la phase annale et au sevrage avec la mère dans notre relation à la compensation affective et émotionnelle du sein maternelle ou du biberon. Tout cela nous ramène à considérer que nous sommes des mammaliens et des omnivores, ce qui est confirmé par notre dentition et notre structure digestive. Est-ce pour cela que nous avons tendances à ruminer notre problèmes au point d'en perdre l'appétit de vivre ou bien boire et se goinfrer pour décompenser les pilules de l'existence que nous n'arrivons pas à digérer ?
 
L'homme ainsi doté de ses différents cerveaux se situe au sommet de l'intelligence terrestre par la puissance de ses facultés cognitives. On ne serait ignorer certaines espèces qui ont évolué en parallèle avec l'homme et qui semblent dotées d'une intelligence supérieure. L'éthologie cognitive nous révèle que certains oiseaux comme le corbeau ou la corneille possèdent des facultés étonnantes qui les place au premier rang des volatiles intelligents. Pour ce qui est du monde aquatique, mis à part les dauphins, la cognition animale possède avec le Poulpe un cas unique qui fait figure d'Alien. En effet, le Poulpe est doté de capacités incroyables comme la représentation du temps et de l'espace. Il est capable de parcourir des labyrinthes, utiliser des outils, se camoufler à l'infini, etc. Je vous invite donc à découvrir d'étonnantes facultés cognitives dans les documentaires suivants.
 
 
Découvrez ces trois vidéos sur le cerveau et
les mystères de nos intelligences.